Le décalage animalier

Bonjour à tous!

Ce matin, j’ai eu tant de plaisir dans une séance, que j’ai pensé vous la partager, en espérant ensoleiller votre journée. 

Cette patiente montrait des marqueurs de reconsolidation pour le symptôme que nous avions travaillé précédemment. Elle a donc identifié un nouveau symptôme pour le travail en Thérapie de la cohérence. Elle a exprimé qu’elle se sentait en danger chaque fois qu’elle risquait de ne pas satisfaire l’autre; il en résultait un sentiment qu’il lui était interdit de dire « non », et l’obligation de toujours donner son 400% dans tout ce qu’elle faisait. Elle donna l’exemple récent de sa patronne qui lui a voulu lui remettre une situation fort délicate entre les mains; la patiente avait senti qu’elle ne pouvait refuser. 

J’ai donc lancé le travail de Découverte; elle identifia la prédiction suivante : « Je vais mourir et être abandonnée, » qui devait s’ensuivre si elle disait « non » ou décevait les attentes de l’autre. Je lui ai offert un type de travail expérientiel, et cette patiente très perspicace a répliqué : « En ce moment, je sens que je dois accepter votre offre. »

Constatant que le modèle problématique de la réalité (l’apprentissage-cible) était actif dans la relation thérapeutique (le symptôme était en action), j’ai décidé de jouer un petit tour à son cerveau. Il se trouve que je rends service à une proche amie en hébergeant ses lapins pendant l’hiver, et l’une d’elles nous a fait la charmante surprise d’une portée de 7 lapereaux. En conséquence, mon bureau a été converti en pouponnière et, ma pratique étant exclusivement en ligne pendant la durée de la pandémie, Maman Lapine a le plaisir d’allaiter, sautiller, et roupiller paisiblement dans la pièce pendant mes consultations, à l’insu de mes patients. 

J’ai donc averti ma patiente que j’allais lui jouer un petit tour, et j’ai été chercher cette maman touffue aux longues oreilles. J’ai ensuite demandé à la patiente de me regarder dans les yeux et de faire cette Déclaration Ouverte, alors que je caressais cet adorable animal blotti contre ma poitrine et enfouissais mon nez dans sa fourrure, créant d’emblée une première juxtaposition

« Si je dis non, vous allez vous mettre tellement en colère que vous allez devenir violente et m’abandonner. Je vais mourir ! »

J’ai alors été témoin du résultat de l’Étape 2 du PRT juste devant mes yeux : la patiente a cligné des yeux, s’est reculée dans son siège et a déclaré qu’il lui était maintenant impossible de me voir comme une menace. Elle décrit qu’elle sentait à la fois la terreur et la sécurité, distinctement, et que cela était « bizarre » de se sentir ainsi. Elle était en décalage, mais c’était insuffisant. Cette partie d’elle était encore terrifiée, et déclarait que, sans le lapin, mon sourire et mes yeux très bienveillants ne suffiraient pas à la convaincre qu’elle était en sécurité. J’avais besoin de créer une expérience contradictoire encore plus puissante et ciblée pour exécuter l’Étape 3 et créer une infirmation fondamentale de son modèle problématique de la réalité. J’ai déposé Maman par terre. 

J’ai donc guidé davantage de travail expérientiel, dans lequel je lui ai demandé de m’imaginer à côté de sa patronne, et de répéter la Déclaration Ouverte. Fait amusant : pour le reste de la séance, la patiente fut incapable de m’imaginer sans la lapine. Ce sentiment de sécurité partielle lui a permis de me confier que son frère Antoine (nom fictif), atteint d’Asperger, explosait en une rage terrifiante quand elle le contrariait. Elle s’est ainsi retrouvée dans certaine situations, étant jeune, où elle fut en réel danger. Elle le décrivit comme un « génie », et il était toujours son modèle en ce sens. Quand elle lui a tenu tête il y a quelques années pour une question financière, il était encore devenu enragé et l’avait abandonnée. « Je suis son objet; son amour s’est éteint instantanément. » Il ne lui a plus adressé la parole depuis. 

J’ai donc répété les Déclarations Ouvertes en expérientiel, cette fois devant son frère, sa patronne et moi (qu’elle imaginait spontanément toujours couverte de petits lapins). Elle montrait une excellente intégration, mais le matériel contradictoire souhaité ne sautillait toujours pas vers la surface de sa conscience. 

Il a bondi devant mes yeux, toutefois. Le type de rage et d’abandon qui la terrifiaient tant, bien qu’ils puissent être typiques des pires cas sur le spectre, ne se produisent pas exactement de cette manière chez les personnes neurotypiques (ou même chez les personnes qui sont ailleurs sur le spectre). Elle m’avait même partagé (dans cette même séance) que, dans le cadre de son travail, elle avait travaillé avec des criminels présentant des troubles psychiatriques sans ressentir aucune peur. Son cerveau faisait déjà la différence; il fallait juste l’amener clairement dans son champ de conscience

Je lui ai donc demandé, d’un air innocent, si le comportement de son frère était subtil; elle arriva graduellement à constater qu’on sent rapidement que quelque chose n’est pas normal dès qu’on le contredit, parce qu’il est extrêmement rigide et qu’il explose. En réalisant cela, le matériel parfaitement contradictoire dont j’avais besoin s’est mis à cabrioler dans son champ de conscience alors qu’elle était toujours en expérientiel devant ces trois personnes, créant les juxtapositions dont j’avais besoin pour guider l’Étape 3 du PRT : elle avait détecté le TSA en deux rencontres de 30 minutes à peine chez un patient qui avait des comportements très violents. Il avait été évalué par plusieurs psychiatres dans plusieurs centres différents, et avait été diagnostiqué à tort comme souffrant de schizophrénie paranoïde. Son opinion clinique avait été confirmée par la psychiatre de son équipe interdisciplinaire et elle avait même demandé à la patiente d’être présente pour la rencontre parent afin d’offrir sa perspective très juste sur ce patient. Il me suffit de guider une Déclaration Ouverte (voir la 2è partie de la carte-rappel) pour optimiser la réécriture de son modèle problématique de la réalité.

En conséquence, la patiente se mit littéralement à sautiller dans sa nouvelle vérité émotionnelle : « Je suis safe, safe, safe ! » Voici comment nous avons rédigé ensemble la carte-rappel juxtaposée

Si je vous déplais ou vous contrarie, vous allez faire comme Antoine : vous allez entrer dans une rage meurtrière et m’abandonner comme un objet; votre amour va s’en aller instantanément. Je vais mourir et ça me terrifie! Alors il faut que je fasse tout pour ne jamais vous contrarier ou vous déplaire en donnant mon 400% et en m’interdisant de vous dire « non »; c’est le seul moyen de me protéger de cette terrible menace.

Un instant…!

Un Antoine, c’est pas discret! Si vous êtes comme Antoine (et c’est toujours possible d’en rencontrer un autre un jour), il va y avoir des signes évidents que je suis capable de reconnaître tout de suite. Si je m’interdis de vous contrarier, je ne pourrai jamais connaître vos limites et voir vos capacités de compassion et de bienveillance. Je suis parfaitement capable de reconnaître rapidement un TSA/Asperger violent quand j’en rencontre un. Je suis safe, safe, safe !

La patiente sentit un profond soulagement à la fin de la rencontre, et nous verrons comment cela évolue la semaine prochaine. Sa mémoire peut encore contenir des encodages traumatiques associés aux rages de son frère qu’il nous faudra traiter (emotional processing), mais ce bond en avant fut très intéressant dans son cheminement. 

La morale de cette histoire : quand le modèle problématique de la réalité de votre patient vous perçoit comme une menace, prenez un animal dans vos bras et tenez-le près de votre visage. Ces vérités émotionnelles n’auront aucune chance devant un tel spectacle.

Sur ce, permettez-moi de faire un saut hors de mon bureau en vous souhaitant un doux weekend !

Sophie Côté, Ph.D., psychologue de certification avancée en Thérapie de la cohérence

Formatrice, superviseure et marraine de lapins

http://www.psymomentum.com

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s